Transgresser pour innover

La diversité et la richesse des technologies appréhendées tout au long de nos vies s’entrechoquent régulièrement avec l’injonction d’exercer « le » geste professionnel utilisé sur nos lieux de travail. Ou plus simplement, comment pouvons-nous innover dans nos organisations alors que nous sommes ancrés dans nos propres identités professionnelles. Déjà, en tant que salarié sous le régime de la subordination juridique, devons-nous être dans l’application stricte de la procédure ? Voire même de l’imitation-copie de la culture professionnelle in situe, là où se reproduit ce même geste sans pour autant comprendre totalement le sens. Nous pourrions penser que  l’ « imitation-copie » dans le monde du travail est une forme d’apprentissage totalement obsolète, oubliée tel que le travail à la chaine[1] dans cette vision de Charlie Chaplin dans les « Temps modernes ». Mais quant est-il actuellement des opérateurs dans les entrepôts de la grande distribution devant répondre au doigt et à l’œil aux ordres d’un ordinateur ?

Cependant, dans la plupart des cas, nous sommes dans un apprentissage « imitation-émulation » où nous nous inspirons du modèle plutôt que de le copier fidèlement. En effet, cette différence entre l’imitation et la copie est l’interstice où se glissent toutes nos expériences issues de notre histoire de vie et de la richesse des technologies accumulées tout au long de notre vie. Cet interstice permet alors d’explorer de nouveaux couples «  fonction/technologie » de l’analyse fonctionnelle dans la conception jusqu’à être porteur d’innovation. Encore faut-il réunir les conditions nécessaires pour y parvenir : tout au moins maintenir la facilitation sociale ou le local enhancement, l’apprentissage par l’encouragement lié à la simple observation du geste professionnel d’un collègue voire d’un collectif de travail.

Ceci dit, la dimension collective dans la transmission des savoirs n’est plus à démontrer depuis les travaux de Thébault (Thébault, 2016) : la transmission ne se résume plus au seul binôme « apprenant-appreneur » mais sollicite l’ensemble du collectif de travail, elle est en soit une activité co-élaborée d’apprentissage et d’accompagnement de l’acquisition des ficelles d’un métier inscrite dans la culture de l’entreprise. Mais, que se passe-t-il lorsque l’élève dépasse le maitre ? Lorsque l’appreneur creuse une brèche dans la culture d’entreprise où se glisse toute sa subjectivité ? L’innovation est alors une transgression du système endémique de l’entreprise, une transgression de ce qui est transmis dans la culture d’entreprise.

Dans la culture d’entreprise ancrée dans la mémoire collective de l’organisation, le degré d’acceptation de la transmission d’un geste professionnel transgressée est alors révélateur, il est un analyseur de sa capacité à s’adapter aux mutations des marchés voire de les anticiper : la transgression est l’un des leviers d’une organisation apprenante.

[1] L’auteur de ce billet a travaillé sur une chaine de contrôle de cartes électroniques pendant près de 10 ans.

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