L’AFEST en question

L’activité de Formation en Situation de Travail – AFEST – est présentée comme une nouvelle modalité de formation réglementée depuis la loi sur l’Avenir professionnel et pourtant, ses racines sont profondément ancrées à l’origine même de la notion de métier. Puis, cette modalité d’apprentissage est bien plus complexe qu’il y paraît car elle sollicite d’autres concepts dépassant la simple transmission de savoirs professionnels entre un ancien et un nouveau salarié. Enfin, se pose la question de la part laissée à l’innovation ou comment un nouveau salarié peut innover dans son geste professionnel en cours d’acquisition en faisant autrement … 

Le projet de loi « Avenir professionnel » indique que l’action de formation, définie comme « un parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel pouvant être réalisée en situation de travail. »(Art L6313-2 du projet de loi). Il ne s’agit pas ici d’appliquer ce qui a été « appris en formation » sur son lieu de travail mais de mettre de la formation dans son travail.

A l’origine …

Il y a toujours eu des organisations d’ouvriers et d’artisans dès l’origine de l’idée de métier. Ils se sont transmis des connaissances de génération en génération depuis la plus haute antiquité. La première mention des pratiques de compagnonnage date de 1420 lorsque Charles VI rédige une ordonnance pour les cordonniers à Troyes. Cette transmission par le compagnonnage s’est instituée lors de la construction des cathédrales et le compagnon pour apprendre son métier voyageait au gré des chantiers dans tous les pays d’Europe et principalement en France.

Une ingénierie de formation spécifique

Cet apprentissage multiséculaire par le compagnonnage (dont son héritage peut être perçu comme une activité de formation en situation de travail) ne se réduit pas à simple un apprentissage sur le tas mais demande une ingénierie de formation très précise. En effet, elle s’articule autour d’alternance structurée de deux séquences distinctes réitérées autant de fois que nécessaire pour atteindre l’objectif pédagogique visé  :

  • une mise en situation de travail préparée et organisée,
  • des moments réflexifs en dehors du temps de travail animé par un tiers.

Ces moments réflexifs ne sont pas des échanges informels mais le lieu de confrontation entre le travail réel vécu par l’apprenant et le travail prescrit défini par l’organisation du travail (Jobert, 2013) :

  • Des supports-traces de l’activité décrivant le processus du travail réel comme le journal d’activité ou carnet de bord, enregistrement vidéo, …
  • Des supports-références de l’activité précisant les procédures, les normes, les référentiels-métiers, les fiches de postes, …

Aussi, la mise à disposition de support-référence de l’activité pose la question de l’existence de procédures écrites dans l’entreprise gérées généralement dans une démarche Qualité. Est-ce que cela signifie que l’adoption des modalités de l’AFEST pourrait exiger de l’entreprise une telle certification ?  

La complexité de la transmission

Il ne s’agit pas seulement de «mettre un nouveau salarié à côté d’un ancien» pour que la transmission fonctionne. Ce phénomène n’est pas un allant de soi car il mobilise bien d’autres concepts plus complexes comme la réciprocité, la dimension collective en situation de travail, les conditions d’organisation et la culture de l’entreprise.

Jeanne Thébault propose un modèle de la «transmission professionnelle» en termes de «processus d’élaboration d’interactions formatives», en insistant sur leur émergence, leur déroulement et leur dynamique. Il se repose sur la combinaison d’observations de situations de transmission, d’entretiens individuels et collectifs («ateliers réflexifs») centrés sur l’activité de transmission.

A travers ce modèle, elle montre que l’élaboration des interactions formatives repose sur trois composantes fortement influencées par le contexte productif :

  • la combinaison de savoirs professionnels,
  • la co-construction d’une relation entre protagonistes,
  • la conciliation entre activités de transmission et de production.

Cela donne à voir le processus de transmission des savoirs professionnels bien plus complexe qu’il y paraît notamment en termes d’activité collective et d’interactivité multidimensionnelle.

Lire la suite [Transgresser pour innover]

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